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Le blablablog de Marthe

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Velvet Extravaganza

Velvet Extravaganza

À l’occasion du 50e anniversaire du fameux "album à la banane", la Philarmonie de Paris nous fait partager l’histoire et l’héritage d’un groupe éclair (1965-1970), The Velvet Underground, qui a marqué un tournant dans l’histoire de la musique.

Nico, Andy Warhol, Moe Tucker, Lou Reed, Sterling Morrison et John Cale by Gerard Malanga ©

Nico, Andy Warhol, Moe Tucker, Lou Reed, Sterling Morrison et John Cale by Gerard Malanga ©

Amérique je t’ai tout donné et maintenant je suis rien.
Va te faire foutre avec ta bombe atomique.
Je me sens mal fous moi la paix.

Allen Ginsberg

À peine rentré dans les salles obscures de la Philarmonie, un gigantesque poème d’Allen Ginsberg est placardé sur le mur. Le leader spirituel de la "Beat Generation" y est pessimiste, en colère contre les États-Unis des années 50 et 60, en colère contre ce pays qui repousse toute déviance à son modèle d’Américain parfait, en colère contre ce pays qui veut faire la police au Vietnam autant que chez soi. Le poème est fort et rappelle de manière très efficace l’ambiance de l’Amérique conformiste d’après-guerre, si méfiante envers ses jeunes et ses artistes.
Dans la continuité du poème de Ginsberg, la première étape de l’exposition parle moins du Velvet Underground que du contexte de son époque, notamment celui du New York bohème et contestataire des 50’s et 60’s. Ça parle donc de "Beat Generation" (le mouvement qui éclata la littérature américaine), du Greenwich Village (épicentre du bohème new-yorkais des 60’s), on voit les photos des prêches contestataires de Malcolm X contre les discriminations, de la misère de Harlem et de Brooklyn… C’est dans ce New York remuant et remué, repaire des marginaux de l’Amérique, que le Velvet Underground va naître en 1964. Peut-être même le seul endroit où il pouvait naître.
Cet hommage au Velvet part dans l’expérimentation et s’arrache de son contexte. À l’image du groupe de Lou Reed qui s’isole dans la Factory de Warhol, antre de création artistique parrainé par le dandy du pop-art, l’exposition s’isole de l’Amérique des 60’s.
On est d’ailleurs plusieurs fois encouragé à entrer dans des salles sombres et cachées, où on peut voir de la vidéo ou de l’art plastiqu
e. Ainsi, on se balade de salle en salle en découvrant l’univers de chaque membre du groupe. Une grande pièce est même intégralement consacrée à l’influence de Warhol sur le groupe, avec un espace "détente" en forme de maison, où le visiteur est prié de s’allonger sur des matelas et de visionner une succession d’images – des photos prises par Andy Warhol lui-même – compilées avec une bande son reprenant des tubes du Velvet Underground ou des interviews, le tout diffusé sous la sous-pente du toit. On visite assis, couché, debout… Une "Black Room" projette même un film expérimental de Barbara Rubin, artiste proche du Velvet et future femme de John Cale, le frère d’armes de Lou Reed au sein du Velvet. C’est sexuel, perturbant, intriguant.
Autant les auteurs de "l’album à la banane" étaient rares et mystérieux, autant les caméras et les appareils photos les avaient accompagné à chaque pas de leur histoire, pris dans cette bulle artistique qui ne manquait jamais l’occasion de s’auto-célébrer et de laisser une trace à la postérité. Sont exposées des centaines de photos et vidéos, toutes hyper intéressantes.
Comme Barbara Rubin, d’autres personnages liés au Velvet sans en faire partie ont droit à leur portrait. Par exemple, Candy Darling, la transsexuelle qui inspira Candy Says à Lou Reed. Plus qu’une expo sur le Velvet, la Philarmonie nous plonge dans ce monde souterrain et hyper créatif qui se construisit en marge de la société américaine.

John Cale, Gerard Malanga, Nico et Andy Warhol by Hervé Gloaguen ©

John Cale, Gerard Malanga, Nico et Andy Warhol by Hervé Gloaguen ©

Petit repère biographique
L'histoire du Velvet Underground démarre avec celle de son leader, au début des sixties. Lou Reed est à l'époque un parolier employé par un label banal, Pickwick Records. En 64, Reed rencontre John Cale, brillant musicien - il est tour à tour bassiste, pianiste ou violoniste - et fonde avec lui The Primitives. Le groupe change régulièrement de nom, devenant The Warlocks puis The Falling Spikes et enfin The Velvet Underground, référence au titre d'un ouvrage sur le sadomasochisme. The Velvet Underground achève leur démo l'année suivante et tente de la refourguer à Marianne Faithfull d'abord puis à Mick Jagger. C'est finalement Andy Warhol, père du pop art, qui lui tend la main. Il devient son mécène en échange de quoi, le Velvet s'engage à intégrer l'actrice et top model Nico dans ses rangs. La collaboration n'est pas des plus appréciées par Lou Reed qui le fait savoir en intitulant le premier album du groupe : The Velvet Underground And Nico. Ce dernier passe quasiment inaperçu, quoique pas tout à fait puisque sa pochette dessinée par Warhol - une banane destinée à être pelée - provoque un tollé parce que représentant un symbole phallique ! En 68, Reed craque et dégage Nico ainsi que Warhol. Tom Wilson, connu pour ses collaborations avec Simon & Garfunkel mais aussi Bob Dylan, devient le nouveau producteur du Velvet Underground. Celui-ci enregistre l'album White Light / White Head, le plus repris du groupe (David Bowie et Nirvana lui ont, entre autres, rendus hommage). Malgré son succès populaire, Reed pique encore une crise et vire cette fois John Cale. Il reviendra pourtant prêter main forte pour la réalisation de l'opus suivant, The Velvet Underground, l'album aux balades somnolentes. Le groupe tente tant bien que mal de se reprendre mais joue de mésaventures avec la grossesse de sa batteuse, Moe Tucker, et le dernier pétage de plombs de Lou Reed qui largue le Velvet en 70. Remplaçant de Cale, Doug Yule se retrouve seul à la sortie de Loaded, l'ultime chef-d'œuvre de la formation. Un autre album, Squeeze, verra le jour mais n'a jamais été reconnu légitimement par les critiques.
Lou Reed a ensuite réalisé une carrière solo, avec des hauts et des bas. Avant son décès en 2013, il retrouva John Cale - resté l’homme de l'ombre aux côtés des Stooges, de Patti Smith ou encore des Modern Lovers - à trois reprises (1990, 1993 et 1995) dans des concerts hommages, ressuscitant un temps le fameux "groupe à la banane".

THE VELVET UNDERGROUND : NEW YORK EXTRAVAGANZA
jusqu'au 21 août 2016
Philharmonie de Paris 221, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris

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