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Le blablablog de Marthe
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Charles Baudelaire ✯ Rêve parisien

Charles Baudelaire ✯ Rêve parisien

Rêve parisien est un poème de Charles Baudelaire publié dans la section Tableaux parisiens des Fleurs du Mal. Il est composé de deux parties (le rêve et le réveil). La première partie comporte treize quatrains et la seconde n'en a que deux. Les vers sont des octosyllabes à rime alternée.
Les Tableaux parisiens font appel au thème de la ville, jusque-là un sujet plutôt négligé de la part des poètes. Baudelaire s'inspire du peintre Constantin Guys (à qui le poème est dédié) qui dessinait des instants de vie urbains sur ces toiles. Paris s'est avérée être pour Baudelaire, le lieu idéal de contemplation d'un monde mis en scène, à la fois en mouvement et immuable. Le poète y parle de tout un tas de sujets : la solitude, la misère, une vision certaine de la beauté…, des faits de vie qui existent aussi en campagne, mais qui d'après lui, seraient mis en avant dans les villes avec une énorme lucidité. Rappelons que le poète est l'un des précurseurs du courant du Symbolisme, raison pour laquelle il s'accroche très fort à chaque symbole, à chaque image de la vie qui peut dégager un sens.
Tout au long de l'ensemble des poèmes qui composent les Tableaux parisiens, la ville est décrite sous plusieurs points de vue. Nous y retrouvons la débauche, l'agitation, mais aussi le réveil, la transformation des villes, la ville moderne…
Dans cet avant-dernier poème des Tableaux parisiens, Baudelaire continue de nous montrer son image de la ville de Paris et il nous parle de son Paris idéal (« Le sommeil est plein de miracles ! »), mais soudain, il se réveille et il retrouve l'horreur (« En rouvrant mes yeux pleins de flamme / J'ai vu l'horreur de mon taudis »). Le Rêve parisien nous renvoie également à la notion de spleen présenté dans la première partie de son œuvre. En effet, avant ces Tableaux parisiens nous retrouvons la partie Spleen et Idéal, peut-être la série de poèmes la plus connue de Baudelaire.

Rêve parisien
À Constantin Guys

I

De ce terrible paysage,
Tel que jamais mortel n'en vit,
Ce matin encore l'image,
Vague et lointaine, me ravit.

Le sommeil est plein de miracles !
Par un caprice singulier,
J'avais banni de ces spectacles
Le végétal irrégulier,

Et, peintre fier de mon génie,
Je savourais dans mon tableau
L'enivrante monotonie
Du métal, du marbre et de l'eau.

Babel d'escaliers et d'arcades,
C'était un palais infini,
Plein de bassins et de cascades
Tombant dans l'or mat ou bruni ;

Et des cataractes pesantes,
Comme des rideaux de cristal,
Se suspendaient, éblouissantes,
À des murailles de métal.

Non d'arbres, mais de colonnades
Les étangs dormants s'entouraient,
Où de gigantesques naïades,
Comme des femmes, se miraient.

Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues,
Entre des quais roses et verts,
Pendant des millions de lieues,
Vers les confins de l'univers ;

C'étaient des pierres inouïes
Et des flots magiques ; c'étaient
D'immenses glaces éblouies
Par tout ce qu'elles reflétaient !

Insouciants et taciturnes,
Des Ganges, dans le firmament,
Versaient le trésor de leurs urnes
Dans des gouffres de diamant.

Architecte de mes féeries,
Je faisais, à ma volonté,
Sous un tunnel de pierreries
Passer un océan dompté ;

Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.

Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d'un feu personnel !

Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l'œil, rien pour les oreilles !)
Un silence d'éternité.

II

En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J'ai vu l'horreur de mon taudis,
Et senti, rentrant dans mon âme,
La pointe des soucis maudits ;

La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi,
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857

Constantin Guys par Félix Nadar

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