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Le blablablog de Marthe
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Silence

Silence

Un piano sur la plage.
Il est arrivé là, personne ne sait comment.
Un matin il se dressait au-dessus des vagues, sur un vague banc de sable à peine submergé par la marée haute.
Un piano à queue, défait, touches en balade, mais droit sur ses pattes. Sombre sur le ciel, sur cette mer étale.
Est-ce  un message d’amour à une fiancée silencieuse,  lancé là entre ciel et eau,  enveloppé du murmure des vagues ?
Un poète est-il venu jouer un soir de spleen, alors que la lune dessinait des personnages fantasques sur l’eau ?
Des anges ont-ils posé ce piano là, au vu de tous, pour rappeler que plus loin que le bruit des hommes, il y a la musique ?
Personne ne sait d’où il vient, le mystère et le silence demeure.

Puis dans ce silence,  je repense à  “La leçon de piano” de Jane Campion  et je me remémore la fin du film où le piano d'Ada (Holly Hunter) flottant dans la mer et elle au-dessus, en se récitant intérieurement un poème de Thomas Hood :

Il existe un silence où nul son n’a été,
Il existe un silence où nul son ne saurait être,
Dans le froid de la tombe — sous la mer, la mer profonde,
Ou en plein désert où nulle vie ne se trouve,
Qui s’est vu assourdi, et se doit immobile d’un sommeil profond ;
Nulle voix n’est étouffée — nulle vie ne s’avance en silence,
À part les nuages et leurs ombres vagabondes.
Qui jamais ne dirent mot, sur le sol désœuvré :
Que dans les ruines verdies, dans les murs désolés
Des antiques palais, où jadis l'homme fut,
Bien que le renard brun, ou la hyène sauvage, crie,
Et que les hiboux, qui volètent sans cesse de-ci de-là,
Hurlent à l'écho, et que les vents faibles gémissent,
Là se trouve le vrai silence, conscient de soi et seul.

Silence *
Thomas Hood | 1799-1845

 

* le texte original :

There is a silence where hath been no sound,
There is a silence where no sound may be,
In the cold grave — under the deep deep sea,
Or in wide desert where no life is found,
Which hath been mute, and still must sleep profound ;
No voice is hush'd — no life treads silently,
But clouds and cloudy shadows wander free.
That never spoke, over the idle ground :
But in green ruins, in the desolate walls
Of antique palaces, where Man hath been,
Though the dun fox, or wild hyena, calls,
And owls, that flit continually between,
Shriek to the echo, and the low winds moan,
There the true Silence is, self-conscious and alone.

“The Piano” par The Royal New Zealand Ballet d'après le film de Jane Campion “La leçon de piano”

“The Piano” par The Royal New Zealand Ballet d'après le film de Jane Campion “La leçon de piano”

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